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Forces de police : Amnistie et impunité en Nouvelle Calédonie : les événements d' Ouvéa (1988)
Posté par acatparis5 le 1/3/2007 23:01:00 (5123 lectures)


L’assaut du 5 mai

Celui-ci va se dérouler en deux temps :
Les forces armées, à savoir le Commando de marine Hubert, le 11ème choc (bras armé de la DGSE) et le GIGN vont investir la cuvette au matin. Ce premier assaut va se solder par la mort de douze indépendantistes. Le Capitaine Legorjus va profiter d’une trêve relative de trois ou quatre heures pour tenter de relancer la négociation mais le FLNKS reste silencieux.
Le second assaut va être mené par le GIGN seul, dans la grotte elle-même, tous les otages sont libérés, trois indépendantistes sont tués.
Le succès militaire est évident qui est reconnu au niveau international. Mais le tableau des opérations va être gâché par la mort suspecte de quatre indépendantistes. Prenons le cas de Wenceslas Lavelloi, que l’on peut qualifier de numéro 2 des ravisseurs. Le Capitaine Legorjus le voit sortir indemne et sans arme de la grotte et pourtant il sera retrouvé mort quelques heures plus tard avec une balle entre les deux yeux. Selon la version officielle, les forces de l’ordre ont été obligées de tirer car il cherchait à s’évader. On imagine mal au juste le risque que pouvait représenter un homme désarmé au milieu d’une centaine de militaires aguerris au combat et qui aurait justifié qu’il soit neutralisé de façon aussi radicale. L’autre mort suspecte c’est celle d’Alphonse Dianou. Au moment où celui-ci sort de la grotte avec un casse-tête à la main, un gendarme du GIGN fait usage de son arme (tir à la jambe) sans le tuer. Alphonse Dianou reçoit rapidement des soins et est mis sous perfusion en attendant d’être évacué vers l’aéroport d'Ouloup en compagnie des autres blessés. Au final, il n’est pas évacué avec les blessés mais avec les prisonniers qui sont acheminés vers la commune de St Joseph où on va bien le retrouver mais sans la perfusion. Puis, quelques temps plus tard, il sera retrouvé mort avec le visage tuméfié. Il aurait subi « un message cardiaque à coup de rangers » selon l’expression employée alors par certains. La première version officielle conclura qu’il est mort de ses blessures durant son transport. L’enquête de commandement ordonnée par le nouveau ministre de la défense, Jean-Pierre Chevènement, démentira cette version édulcorée.
Entre-temps, la situation politique a, en effet, changé. Le 8 mai 1988, François Mitterrand a été réélu président de la république et Michel Rocard est nommé à Matignon. La toute première priorité de ce dernier c’est de rétablir le dialogue en Nouvelle-Calédonie qui aboutira aux accords dits de Matigon-Oudinot. Parallèlement, Jean-Pierre Chevènement, nouveau ministre de la défense, ordonne une enquête de commandement sachant que l’enquête judiciaire quant à elle est au point mort. Juste un exemple : les quatre gendarmes tués à Fayaoué ont été autopsiés trois jours après leur décès tandis que les douze Kanak morts durant la première phase de l’assaut ont déjà été inhumés sans avoir été autopsiés. Ces Kanak seront déterrés trois semaines plus tard pour être enfin autopsiés. L’enquête judiciaire piétine donc. Les accords de Matigon-Oudinot mettront finalement un terme par voie de référendum aux poursuites judiciaires à l’exclusion des crimes d’assassinat. Un an plus tard, une seconde amnistie sera promulguée, cette fois-ci totale.
La politique a donc été omniprésente au tout début des événements d’Ouvéa (l’assaut du poste de gendarmerie par les indépendantistes dans le but de peser sur les enjeux électoraux), lors de l’assaut de la grotte pour obtenir la libération des otages (réquisition de l’armée par le pouvoir civil pour mener les opérations) et sur le processus d’enquête judiciaire (extinction des poursuites suite aux deux amnisties successives pour «solde de tout compte »).
Le plus grand absent de ces événements c’est bien sûr l’autorité judiciaire qui a été, selon l’expression d’un avocat du parquet général de Nouméa à l’époque, Gilles Lucazeau), « tétanisée » par la capture du substitut Jean Bianconi.
En règle générale, les juristes n’aiment pas trop le processus d’amnistie qui a pour effet de mettre en terme à toute procédure judiciaire en cours. Mais dans le cas d’espèce, les magistrats de Nouméa étaient-ils prêts à contester les amnisties accordées concernant notamment des actes (l’assaut de la grotte) dont on leur a retiré la responsabilité au profit de l’armée ?
Des actes de torture ont-ils été commis ? Peut-être pas mais des faits troublants se sont effectivement déroulés. Prenons par exemple la situation dans laquelle se trouve un détachement du GIGN lorsqu’il patrouille dans la commune de Gossanah : en entrant dans une case, il découvre un sac de gendarme, une tenue de gendarme, des gants de gendarme...Ils interrogent donc le Kanak qui se trouve devant eux mais celui-ci refuse de parler. Michel Bernard, membre du GIGN, raconte dans son livre qu’effectivement, il a bien giflé ce kanak alors que le règlement l’interdit . Philippe Legorjus a raconté après les événements que lorsqu’il arrive à Nouméa, il y règne une atmosphère de guerre : des hommes en armes partout, des commandos d’élite de l’armée présents sur les lieux ...
Cela ressemble fort à une guerre civile liée à un processus de décolonisation alors que ces événements auraient pu n’être qu’une succession de faits divers (prise d’otages, libération d’otages…).
Dès lors que les événements d’Ouvéa basculent dans le registre de la guerre civile, l’amnistie était inévitable car la France a toujours amnistié l’ensemble des participants à ses guerres étrangères et à ses guerres civiles : la Commune, les grèves insurrectionnelles du début du XXème siècle, la guerre de 39-40, la guerre d’Indochine, l’insurrection malgache, la guerre d’Algérie...

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