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La détention en France : Les camps d’internement français de la première guerre mondiale
Posté par acatparis5 le 9/2/2009 15:02:48 (8234 lectures)


2) Les Alsaciens-Lorrains


Il s'agir de ceux restés en Alsace-Lorraine après 1871 et évacués lors de l'entrée des troupes françaises au tout début de la guerre : là encore on déporte les hommes pour les soustraire à la mobilisation allemande ainsi que les fonctionnaires et cadres allemands pris comme otages. Près de 8000 Alsaciens sont évacués sur Besançon, puis dans des dépôts spéciaux (Midi) en attente de vérification de leur identité et de leur attitude nationale par une Commission interministérielle (composée d'un officier, d'un juge d'instruction et d'un conseiller d'Etat).


Hors les rares cas d'engagement dans l'armée ou de demande de réintégration dans la qualité de Français (malgré la propagande en ce sens), ils sont pratiquement considérés comme suspects en attente de la décision de la Commission qui délivre une carte tricolore à ceux d'origine française (français avant 1870 ou dont les ascendants paternels l'étaient à cette date) ou présumés de sentiments français (ayant un parent dans l'armée française) qui sont libres, une carte blanche à ceux présumés de « sentiments douteux » (placés en résidence surveillée), ceux étant d'origine allemande ou suspects (repris de justice, personnes ayant tenus des propos hostiles à la France) étant internés, soit environ un dixième des évacués, les autres étant libérés fin 1914, début 1915.


3) Les indésirables


Il s'agit d'étrangers (des pays neutres ou alliés) ou de Français dont la présence est jugée indésirable dans la zone des armées ou dans le camp retranché de Paris. Ils sont périodiquement, tout au long de la guerre, expulsé par l'armée ou la Préfecture de Police et dirigés sur les camps de triage, puis ensuite considérés comme suspects ils sont placés dans camps de suspects soit, s'ils ne sont pas suspects, mis en résidence surveillée. En l'espèce est appliquée la loi sur l'état de siège (9/8/1849) dont l'article 9 donne la possibilité aux autorités militaires « d'éloigner les repris de justice et les individus qui n'ont pas leur domicile dans les lieux soumis à l'état de siège ».


Qui sont ces indésirables ?


Les prévôtés (gendarmes militaires) et la police mobile affectée à l'armés expulsent du front les suspects d'espionnage dont la justice a estimé les charges insuffisantes ou qui ont été acquittés par les tribunaux militaires. Ainsi ce vigneron évacué en avril 1915 : «  a été l'objet d'une information judiciaire sous l'inculpation d'espionnage. Aucun fait précis d'intelligence avec l'ennemi ne pût être établi, mais les mensonges et les contradictions de l'inculpé le rendent suspect et indésirable dans la zone des armées, d'autant plus que les renseignements recueillis sur son compte ne sont pas tellement bons. Il y a donc lieu d'évacuer sur l'arrière le nommé A…  »


Sont aussi considérés comme indésirables les débitants de boisson et tous les contrevenants aux règlements militaires. Voici par exemple ce cultivateur du Pas-de-Calais : «  Continue à tenir son débit ouvert à des heures interdites, malgré les contraventions… en raison de cette persistance à attirer chez lui des militaires et à la faire boire, il y a lieu de le considérer comme suspect et de le diriger sur l'intérieur pour l'éloigner de la zone des armées  » (juin 1915)


Il en est de même pour tout ceux qui ne disposent pas de papiers d'identité ou de laissez-passer dans la zone des armées, ou qui résistent aux ordres d'évacuation des zones de combat. Tel est le cas de ce jeune Belge : «  a été rencontré dans les lignes de l'avant où il n'avait aucun motif de venir porteur d'un laissez passer qui ne lui permettait pas de dépasser Amiens. Il n'a aucune ressource et on ne peut le laisser vagabonder dans les lignes. Le Général commandant le deuxième corps d'armée demande l'évacuation sur un camp de concentration pour ‘éloigner de la zone des armées  » (février 1915)


Enfin, quantité de femmes sont évacuées pour raison de prostitution, qu'il s'agisse de filles soumises ou de clandestines, souvent épouses de prisonniers ou veuves de guerre poussées par la misère ou en rupture familiale. Voici par exemple, cette ouvrière tulliste de Calais : «  Depuis la mobilisation, en l'absence de son mari mobilisé, on la trouve attablée dans les cafés avec des militaires de tous grades, elle les racole et les emmène chez elle pour faire des passes ou se livrer à la débauche dans ces mêmes cafés où elle a racolé. Reconnue malade. Particulièrement indésirable dans une place forte  » (septembre 1915). Ces femmes sont expulsées quand elles sont atteintes de maladies vénériennes, ne respectent pas les règlements sur la prostitution édictés par l'armée (racolage, refus des visites sanitaires) ou créent du désordre. Il s'agit de préserver la discipline et la bonne santé des militaires. Elles sont envoyées dans centres de triage puis souvent traitées à Nanterre, avant d'être libérées avec interdiction de retour. Passent également dans les camps les femmes compromises avec l'occupant suite à la reconquête des territoires, le temps d'écarter le soupçon d'avoir fait de l'espionnage.


Les expulsés par la Préfecture de police sont pour l'essentiel des repris de justice étrangers qui ne peuvent être expulsés du territoire à l'issue de leur peine en raison de la guerre. Il s'agit souvent de vagabonds, de mendiants, de miséreux pour lesquels le camp devient une sorte de substitut à la relégation. Mais y sont également conduits les condamnés pour trafics de stupéfiants (sur ordre de l'Intérieur) et même, sans distinction de nationalité, des pacifistes, meneurs de grèves ou manifestants divers.


Pour les étrangers la moindre velléité d'organiser une grève, même s'il n'y pas de preuve d'atteinte à la liberté du travail entraîne l'expulsion du chantier. Les meneurs sont particulièrement désignés pour le camp, comme l'indique bien le commissaire spécial de Rouen dans un rapport du 16 juin 1918 : « il y a quelque temps à l'entreprise Dehouck, un certain nombre de dockers étrangers ont cherché à débaucher le personnel. Ces meneurs sont… [4 noms sont cités : 3 Belges et un Hollandais]. Aucun acte caractérisé d'attentat à la liberté du travail n'a d'ailleurs été constaté. Il est certain qu'il est facile de faire un exemple et d'évacuer de la zone des armées des étrangers qui, à juste titre, peuvent passer pour indésirables  ». Après la guerre, lors des manifestations du 1 er mai 1919 à Paris une vendeuse foraine âgée de 18 ans est envoyée, au sortit de quinze jours de prison, au camp de La Ferté-Macé car «  au cours de la manifestation elle arrachait des grilles d'arbre pour en projeter les fragments à des agents de police  ».


Ces envois en camp pour raisons « politiques » concernent surtout des militants étrangers (notamment Russes) mais aussi des Français, même si ces derniers sont très minoritaires.


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