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La détention en France : Les camps d’internement français de la première guerre mondiale
Posté par acatparis5 le 9/2/2009 15:02:48 (8233 lectures)


Importance du phénomène


Elle se mesure par le nombre et la diversité des camps et les effectifs de la population internée.


1) Le réseau des camps


Au total, 70 camps ont existé de 1914 à 1920, car les derniers internés, des Russes prisonniers de l'armée blanche d'Arkhangelsk à laquelle les alliés sont aller prêter main-forte contre l'armée rouge, ne quitteront les forts de l'île de Groix (Morbihan) qu'au milieu de l'année 1920.


Ces camps sont situés principalement dans l'Ouest (îles du littoral) et les départements du sud.


Il ne s'agit pas de véritables “camps” construits à cet effet (comme en Allemagne, ou comme plus tard en 1940), hormis le camp de l'île Longue (situé dans la rade Brest) qui est une exception avec ses dizaines de baraques capables de recevoir 2000 internés) et d'ailleurs construit au début et occupé par des prisonniers de guerre. Rares sont les bâtiments modernes, comme l'asile de Bitray (Châteauroux) toujours cité en exemple par les autorités. On utilise des bâtiments existants, anciens séminaires ou couvents désaffectés (Guérande, Vire, La Ferté-Macé, Pontmain), d'anciens forts militaires (iles d'Yeu et de Noirmoutier), des collèges (en Vendée et Fleury-en-Bière) et quelques usines désaffectées (teinturerie Jouguet près de Saint-Brieuc).


Les locaux sont souvent exigus avec des cours étroites, les internés se plaignant de l'encombrement, surtout au début de la guerre, car il y a alors beaucoup d'improvisation t, les internés devant participer eux-mêmes à l'aménagement du camp.


Ils sont placés sous la tutelle du ministère de l'Intérieur, les préfets nommant les directeurs des camps (sous officiers, anciens commissaires de police), la garde extérieure étant assurée par des postes militaires (pris parmi les territoriaux puis les auxiliaires et les réformés, souvent peu aptes) dont l'armée souhaite constamment réduire les effectifs, d'où d'ailleurs l'introduction des barbelés pour lutter contre les évasions.


La typologie des camps a évolué au fil du temps, après la confusion des premiers mois pendant lesquels il y a encombrement et mixité : sauf l'existence de dortoirs séparés, célibataires et familles rassemblés dans mêmes camps. Le rapatriement des femmes et enfants à la fin de 1914 va autoriser une spécialisation suivant des critères variés tels que la nationalité, l'état matrimonial, la nature de la « suspicion ».


Les plus nombreux sont les camps d'Austro-allemands, relativement stables car composés d'homme mobilisables : une cinquantaine de camps dits “camps de mobilisables” existent avec un régime de surveillance rigoureuse. Certains sont plus spécialisés.


Il y a quelques camps de famille (Kerlois et Sarzeau dans le Morbihan, Guérande), avec parfois chambres individuelles, pour les familles n'ayant pas voulu être séparées en 1914.


Il y a aussi des camps de notables (internés de position sociale élevée, artistes et intellectuels) qui servent d'otages (monnaie d'échange et représailles), au fort de Lanvéoc (Finistère) ou à l'hôtel de la Plage à Carnac (Morbihan). Dans ce dernier - 70 à 80 internés pour une capacité de 100 - les internés paient leur séjour (et les dépenses poste de garde) et disposent de tout le confort, mais cela reste une « prison dorée » avec, par exemple, ses punitions : consigne à la chambre, menace de changer de camp.


Des camps de faveur (Annot, Sarzeau) sont créés en mars 1916, au départ pour les anciens légionnaires (à la situation ambiguë, suspects à la fois pour les autorités françaises et leurs co-internés allemands), puis pour les Austro-allemands francophiles habitant le pays depuis longtemps.. Les principales faveurs résident dans une plus grande liberté pour les sorties, la possibilité de travailler hors du dépôt et une meilleure alimentation.


Des camps disciplinaires sont créés en novembre 1915 (dans des forts : Groix, Crozon) pour les anciens condamnés de droit commun, puis les indisciplinés des autres camps, les directeurs se débarrassant ainsi des fortes têtes ou des germanophiles militants. Il sont un régime très sévère sur le plan de la discipline, avec souvent un commandement militaire


Outre ces camps d'Austro-allemands existent des ces camps d'Alsaciens-Lorrains dont la diversité est fonction des décisions de la Commission de classement.


Il y a des Dépôts surveillés pour les détenteurs de carte blanche (aux sentiments français douteux), tels Luçon, Viviers (Ardèche), Saint-Rémy (Bouches-du-Rhône)), Saint-Maximin (Var). Le régime est relativement libéral quant à la nourriture, le couchage (certains peuvent loger en ville), les sorties (libres avec seulement les respect imposé des horaires de fermeture), le travail au dehors, la garde militaire étant réduite et sans arme. On surveille surtout les propos et la correspondance, car l'objectif est de tout faire pour les rallier à la cause française. La déception est grande sur ce plan : les internés se plaignent de l'absence de rapatriement, de l'absence de visites de délégués neutres, de l'absence de comités de secours, toutes institutions accordées aux Austro-allemands en réciprocité avec l'Allemagne. Ce sera seulement accordé en mars 1917 à Luçon, mais alors ces Alsaciens-Lorrains sont considérés comme Austro-allemands et rangés au régime des camps pour ces derniers : c'est la fin des dépôts surveillés.


Les évacués libres ont la possibilité d'aller dans des dépôts libres ou maisons de refuge (Ornans, Annonay), avec absence de contrainte, en théorie. Mais la présence passagère dans ces maisons de refuge en attente de trouver une situation, exige quand même un règlement, à l'image de celui des dépôts de faveur.


Quant aux Alsaciens-Lorrains qui restent suspects de prendre le parti de l'ennemi, ils sont conduits dans les camps de suspects, troisième grande catégorie de camps. On y trouver des internés de toutes nationalités (principalement neutres, surtout Belges, Russes), y compris des Français jusqu'en 1916 (la pression parlementaires fait cesser leur internement à cette date), avec le même régime disciplinaire que celui des camps Austro-allemands. Les principaux sont à Aurec (Haute-Loire), Ajain (Creuse), Précigné (Sarthe).


Enfin, existent des camps de triage, créés en mars 1915 pour trier parmi les évacués de la zone des armées et de la capitale. Ils sont installés à La Ferté-Macé (Orne), Bellevaux (Doubs) et Fleury-en-Bière (Seine-et-Marne).


A la Ferté-Macé, il y en moyenne 200 internés, en attente de la venue périodique de la Commission de classement (une fois par mois). La population d'internés y est très mélangée, et les plaintes portent moins sur la discipline (faible durée de séjour, espoir d'être rapidement libéré) que sur la promiscuité avec filles publiques et repris de justice.


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